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Écart de teinte entre deux lots de peinture : mesurer, tolérer, reproduire

Équipe technique BESA FranceLecture
Publié le 28 octobre 2026
Deux lots, deux nuances : l'écart de teinte entre séries se mesure, se tolère et se prévient. Delta E, CIEDE2000, métamérisme, échantillon de référence et archivage de formule : les repères pour reproduire une couleur lot après lot.
Spectrophotomètre mesurant la teinte d'un panneau d'acier laqué bleu, avec échantillons de peinture et nuancier dans un laboratoire de colorimétrie industrielle. Copier

Deux livraisons de la même référence, deux nuances visibles sur la chaîne de montage : l’écart de teinte entre séries coûte des reprises, des pièces refusées et des discussions tendues avec le donneur d’ordre. Le contretypage peinture industrielle ne s’arrête pas à la première teinte reproduite. Il engage la capacité à livrer exactement la même couleur au lot suivant, six mois ou deux ans plus tard.

Pourquoi une teinte change d’un lot à l’autre

Une couleur de peinture résulte d’un équilibre entre pigments, liant, charges et conditions d’application. Le moindre décalage d’un de ces paramètres déplace la teinte perçue. Les causes se rangent en deux familles.

Ce qui varie dans le pot

  • Les pigments : chaque lot de pâte pigmentaire possède sa propre force colorante, et un dosage décalé de quelques grammes sur un petit volume suffit à modifier la nuance.
  • Le liant : une base époxy, polyuréthane ou alkyde ne restitue pas un pigment de la même façon ; changer de qualité de produit change la teinte.
  • La brillance : un mat, un satiné et un brillant formulés avec les mêmes pigments n’affichent pas la même couleur à l’œil.

Ce qui varie à l’application

L’épaisseur du film sec, la couleur du support ou du primaire, la température de cuisson ou de séchage et les réglages du pistolet modifient la couleur finale. En poudre, la haute tension, la distance de pulvérisation et le taux de recyclage entrent aussi en jeu. Une teinte conforme au laboratoire peut donc sortir décalée en atelier si le procédé change entre deux séries.

L’éclairage, enfin, fausse le jugement de l’opérateur. Deux panneaux identiques sous les tubes fluorescents de l’atelier peuvent diverger à la lumière du jour : c’est le métamérisme, traité plus bas.

Delta E et tolérance colorimétrique : chiffrer un écart de teinte

L’œil compare, l’instrument mesure. Le spectrophotomètre relève la courbe de réflexion de l’échantillon sur le spectre visible, d’environ 400 à 700 nm, puis la convertit en coordonnées colorimétriques.

L’espace CIELAB et le ΔE

L’espace CIELAB décrit chaque couleur par trois valeurs : L* pour la clarté, a* pour l’axe vert-rouge, b* pour l’axe bleu-jaune. Le ΔE exprime la distance entre deux couleurs dans cet espace. Il se décompose en écarts de clarté (ΔL*), de saturation (ΔC*) et de teinte (ΔH*), ce qui indique dans quel sens corriger la formule.

CIE76, CMC ou CIEDE2000 : quelle formule retenir ?

La formule CIELAB de 1976 (ΔE*ab) calcule une simple distance géométrique, qui ne suit pas toujours la perception visuelle. La formule CMC, publiée en 1984, puis CIE94 en 1994 ont pondéré ces écarts. La formule CIEDE2000, normalisée par l’ISO/CIE 11664-6:2022, corrige notamment la zone des bleus. La norme ASTM D2244 recommande le ΔE00 pour les écarts compris entre 0 et 5 unités ΔE*ab.

Valeur de ΔEPerception habituelle
0Couleurs identiques
Inférieur à 1Écart invisible à l’œil nu
1 à 2Écart perceptible à l’inspection rapprochée
3 et plusÉcart nettement visible, souvent refusé en production

Aucun seuil ne vaut pour toutes les couleurs : un ΔE de 1 passe sur un jaune vif et se voit sur un gris neutre. L’ASTM D2244 confie donc à l’acheteur et au fournisseur le soin de fixer ensemble la tolérance et la formule de calcul. Comparer un ΔE*ab à un ΔE00 n’a aucun sens, car les deux valeurs ne se lisent pas sur la même échelle.

Métamérisme, éclairage et géométrie de mesure

Le métamérisme désigne deux échantillons qui concordent sous une lumière et divergent sous une autre. Il apparaît surtout quand la teinte reproduite utilise des pigments différents de l’original : les courbes spectrales se croisent au lieu de se superposer. L’ISO 18314-4:2024 calcule un indice de métamérisme pour un changement d’illuminant.

Les illuminants de contrôle

  • D65 : lumière du jour moyenne à 6 500 K, référence de l’évaluation colorimétrique ;
  • A : lampe à incandescence à 2 856 K ;
  • F11 ou TL84 : fluorescent tri-bande des bureaux et magasins, entre 4 000 et 4 100 K.

Un contrôle sous au moins deux de ces sources révèle une paire métamère avant la livraison. Pour la comparaison visuelle, l’ISO 3668:2017 prévoit une cabine équipée de sources artificielles normalisées.

Les géométries de mesure

Un spectrophotomètre à sphère d/8 en mode SCI mesure la couleur « vraie », sans effet de surface : c’est le mode de la formulation. Le mode SCE et la géométrie 45/0 excluent la réflexion spéculaire et restituent l’aspect perçu, brillance comprise. Comparer deux lots exige la même géométrie, le même illuminant et le même observateur, le plus souvent D65/10°.

Contretypage ou mise à la teinte : préparer la demande et archiver la formule

La mise à la teinte part d’une référence connue : code RAL, référence NCS, code constructeur. Le nuancier RAL Classic compte 216 teintes depuis son extension de 2020. Le NCS Standard est passé de 1 950 à 2 050 couleurs lors de sa première mise à jour depuis 2004. Le contretypage part d’un objet physique sans référence fiable : une tôle, une pièce démontée, un élément de carrosserie.

Préparer l’échantillon de référence

  1. Fournir une zone plane, propre et non rayée, assez grande pour la tête de mesure du spectrophotomètre.
  2. Indiquer le système visé : support, primaire, liant, niveau de brillance et mode d’application.
  3. Signaler l’éclairage d’usage de la pièce : extérieur, atelier ou hall d’exposition.
  4. Joindre si possible une zone peu exposée, comme une face cachée : une surface vieillie aux UV a déjà dérivé.
  5. Convenir de la tolérance, de la formule ΔE et de l’illuminant de contrôle avant la première production.

Archiver pour reproduire un lot

Une teinte reproductible repose sur trois archives : la formule pondérale, la mesure spectrale de la référence validée et un panneau témoin conservé à l’abri de la lumière. Chaque nouveau lot se mesure contre la référence d’origine, jamais contre le lot précédent, sinon les petits écarts s’additionnent de série en série.

Au laboratoire de colorimétrie d’Orchies, BESA France formule les teintes avec URKI-SYSTEM, lancé par le groupe Bernardo Ecenarro en 1992. Spectrophotomètre et base de formules couvrent les nuanciers RAL, NCS, Pantone, AFNOR ou British Standard. Chaque teinte enregistrée se reproduit à la demande, en petite ou grande quantité, des mois plus tard. Le détail du service figure sur notre page colorimétrie et contretypage peinture.

« URKI-SYSTEM permet de produire instantanément et de manière autonome la quantité de peinture nécessaire, dans la couleur et la qualité voulues. »

Bernardo Ecenarro, présentation d’URKI-SYSTEM

Contretypage peinture industrielle : une teinte se garantit dans la durée

Une teinte stable d’une série à l’autre tient à quatre éléments mesurables : une formule archivée, une référence physique conservée, une tolérance ΔE chiffrée et un procédé d’application constant. Le spectrophotomètre et la formule CIEDE2000 objectivent le contrôle, mais l’œil sous cabine garde le dernier mot, surtout pour les teintes métallisées que les formules couvrent mal. Reste une question à poser à chaque nouveau projet : quelle tolérance votre client final acceptera-t-il vraiment ?

BESA France, filiale française du groupe Bernardo Ecenarro depuis 2008, conçoit des systèmes de peinture pour l'industrie, la métallurgie, la carrosserie et l'automobile depuis son atelier d'Orchies (59).

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